Synthèse

Intelligence artificielle

Jeux de réflexion, diagnostics médicaux, assistants vocaux, voiture autonome, analyse de données, écriture automatique… Grâce aux réseaux de neurones et à l’apprentissage profond,  l’intelligence artificielle a fait des progrès stupéfiants ces dernières années. Au point de dépasser bientôt l’intelligence humaine ?

Les machines vont-elles s’améliorer jusqu’à dépasser l’intelligence humaine et prendre le contrôle du monde ? Pour Jean-Louis Dessalles, enseignant-chercheur à l’école Télécom ParisTech, ce scénario apocalyptique à la Terminator est fort peu probable. Mais l’intelligence artificielle n’en comporte pas moins des dangers bien réels : accroissement du chômage en raison de l’automatisation de nombreux métiers, réduction de la vie privée à peau de chagrin… Dans cet ouvrage passionnant, il fait le point sur ces dangers réels et fantasmés, ainsi que sur les vraies possibilités de l’IA.

Des intelligences très artificielles étonne deux fois : une fois par la grandeur des réalisations de l’intelligence artificielle, une autre par ses limitations. Dessalles décrit avec clarté et enthousiasme les pistes suivies par les informaticiens et les succès époustouflants qu’ils ont obtenus. Ainsi, les prouesses dans la reconnaissance d’images ou la traduction automatique donnent le vertige : des machines peuvent maintenant décrire des photographies, donner le change lors de brèves conversations ou traduire avec finesse des textes littéraires.

Mais faut-il pour autant les qualifier d’intelligentes ? Spontanément, nous avons tendance à imaginer une certaine compréhension quand un réseau de neurones artificiels énonce avec justesse une phrase comme : « Cette image représente une femme lançant un frisbee ». Mais pour Dessalles, c’est une illusion. Il montre de manière convaincante que toutes ces performances relèvent du réflexe, pas de la réflexion, et que ces « intelligences très artificielles » sont en réalité des machines stupides, quoiqu’époustouflantes : elles sont capables de nous imiter, mais sans faire preuve de la moindre compréhension. Si ce spécialiste n’écarte pas la possibilité de ruptures technologiques majeures, son verdict est sans appel : « Rien ne permet de croire qu’une super-intelligence pourrait être construite dans un avenir prévisible sur la base de ce qui existe. »

IA : le potentiel danger des intelligences surhumaines

Entre l’idée de superintelligences menaçantes et celle, plus sympathique, de machines qui ne seraient que notre prolongement, laquelle est la plus vraisemblable ?Jean-Paul Delahaye|  27 mars 2019|  POUR LA SCIENCE N° 498|  20mn

La machine championne de jeu de go.

La machine championne de jeu de go.© Shutterstock.com/maxuser

Un exploit étonnant vient d’être réalisé dans le domaine des recherches en intelligence artificielle (IA). Le programme AlphaZero, conçu et programmé par David Silver et son équipe de la société DeepMind, apprend seul, en jouant contre lui-même et en ne connaissant que les règles, à jouer aux échecs, au go ou au shogi (échecs japonais). Il a dépassé le niveau des meilleurs joueurs humains dans ces trois jeux.

L’exploit est un formidable progrès : l’ordinateur Deep Blue, qui a battu en 1997 le champion du monde d’échecs Gary Kasparov, combinait de bons algorithmes et une connaissance experte des ouvertures de jeu, des fins de partie et de l’évaluation des configurations, ces expertises provenant des meilleurs joueurs humains qui avaient en quelque sorte « instruit le programme ».

Avec AlphaZero, plus besoin d’experts humains transmettant un savoir patiemment acquis ; pour ce type de jeux, l’IA travaille seule et obtient mieux que ce à quoi aboutissent des siècles de concentration humaine. Les chercheurs qui ont mis au point AlphaZero précisent : « Nous avons appliqué AlphaZero aux jeux d’échecs, de shogi, ainsi qu’au go, en utilisant le même algorithme et la même architecture réseau pour les trois jeux. Nos résultats démontrent qu’un algorithme polyvalent d’apprentissage par renforcement [l’algorithme favorise les choix qu’il fait quand il gagne] peut apprendre, tabula rasa, sans connaissances ni données humaines spécifiques. »

À mesure que l’intelligence artificielle progresse, des questions de plus en plus pressantes sont formulées à son sujet. Certains chercheurs et philosophes qualifiés parfois de technoprophètes nourrissent le débat et proposent des visions du futur, variées et contradictoires. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le craigne, nul ne doute que les machines intelligentes, peut-être mises en réseaux ou fusionnées aux humains, façonneront notre avenir.

Parmi ces penseurs qui tentent de déchiffrer le futur, citons Nick Bostrom, Ray Kurzweil, Ben et Ted Goertzel, Hans Moravec, Francis Heylighen, Hugo de Garis, et Clément Vidal. Tous réfléchissent à ce que pourrait être une intelligence artificielle supérieure et à son attitude face à l’humanité.

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